Ictyos : vers la production d’un cuir marin de luxe et écologique

Ictyos

Ictyos Cuir Marin de France est une jeune entreprise lyonnaise avec un challenge très prometteur, pour l’écologie : transformer des déchets en produit de luxe. La start-up se focalise sur la production de cuir de poisson, pour transformer des tonnes de peaux jetées chaque année. 

Un cuir de luxe produit à partir des déchets

Ce concept innovant et écologique a été créé par trois jeunes entrepreneurs. Ce cuir de poisson permettra d’alimenter l’industrie du luxe et contribuera aussi à améliorer l’écologie. Avec 50 000 tonnes de peaux jetées chaque année, l’entreprise projette de valoriser une partie de ces déchets. Actuellement, pour concrétiser leur ambition, les fondateurs ont déjà aménagé un local de 300 m2 qui se trouve à Saint-Fons, dans une zone industrielle. 

La start-up se donne cinq ans pour devenir une vraie industrie. Benjamin Malatrait, un des membres fondateurs souligne : « On a tous un peu en tête l’idée que le cuir de poisson sent mauvais » mais il précise, preuve à la main que « le cuir marin ne sent pas le poisson !  » Ce projet leur permettra de s’immiscer sur le marché du luxe, avec une peau de qualité telle qu’un cuir de saumon tanné qui affiche un prix de vente de 30 à 40 €. Ce cuir offre de nombreux avantages : de la souplesse et une meilleure endurance. Le produit final se rapproche du cuir de lézard. 

Ce cuir sert à la fabrication des bracelets pour les montres de luxe. Pour dynamiser sa production, la start-up envisage de proposer une nouvelle gamme chaque année, en commençant par le saumon puis en poursuivant avec l’esturgeon en 2020. 

Les procédés de fabrication du cuir marin

Le cuir marin n’est pas un produit nouveau, car son traitement date déjà de plusieurs siècles. Parmi les plus connus, il y a le cuir de raie conçu au temps de Louis XV, appelé galuchat. Mais la production de cuir de poisson est faite de manière artisanale jusqu’ici. Seules trois entreprises françaises en produisent. Chez Ictyos, le traitement de la peau commence par l’écharnage, un procédé qui consiste à décongeler la peau et à retirer les résidus de chair. Les écailles sont ensuite retirées et les peaux sont nettoyées à l’aide d’un tambour tournant appelé foulon. 

Dans ce tambour sont versés les teintures ainsi que les tannins. Les peaux passent ensuite par le séchage à l’air libre. Une machine spéciale réalise l’assouplissement par la suite. Cette étape est le palissonnasse. Les produits obtenus sont pressés. De la matière brute jusqu’à l’obtention du cuir s’écoule deux semaines. La majorité du travail s’effectue dans le foulon.

Une start-up respectueuse de l’environnement

Ictyos est né de l’initiative de trois jeunes ingénieurs, de la filière chimie. Jeune, car le plus âgé a seulement 27 ans. Les fondateurs ont choisi de s’installer à Lyon. Ce choix n’est pas le fruit du hasard. La métropole lyonnaise est un croisement incontournable du luxe, près Paris et de l’Italie ainsi que de la Suisse, connue comme étant le fief de l’industrie de l’horlogerie. L’Italie est en outre un grand marché dédié aux cuirs exotiques. 

Lyon est le lieu idéal pour ces trois jeunes, car la ville dispose de l’unique école d’ingénieurs spécialisée dans le travail du cuir. Grâce au Centre technique du cuir et de l’Itech, les trois entrepreneurs ont pu mettre au point leur technique. Ictyos a commencé avec seulement 300 000 € réunis grâce à un financement bancaire, des aides à la création d’entreprises, une levée de fonds de 25 jours. L’entreprise veut aussi redorer l’image de la tannerie en mettant en avant sa campagne écologique. 

Pour réussir ce challenge, elle a mis en place un circuit respectant l’environnement en commençant par le ravitaillement en peau. Afin de disposer de la matière première nécessaire, la start-up a établi des partenariats avec des éleveurs de la Dombes, des mareyeurs jusqu’à se tourner vers un producteur de sushis. Pour le tannage, Ictyos se refuse d’utiliser le chrome pour respecter ses engagements. 

En remplacement, les trois ingénieurs ont conçu un système basé sur l’utilisation de matières végétales. Malatrait précise : « Il a fallu 1 500 tests et deux ans pour mettre au point des tannins spécifiques pour chaque espèce de poisson » Aujourd’hui, l’entreprise procède encore à des tests sur la teinture, car elle espère ne plus utiliser de produits chimiques, qui seront remplacés par des lasers. 

Une future révolution dans le secteur de la tannerie française

Les fondateurs d’Ictyos comptent avancer sûrement. Son atelier produit en ce moment 2000 peaux par mois. Mais pour les cinq prochaines années, ils comptent devenir une vraie industrie. Pour y arriver, ils envisagent deux possibilités : reprendre une installation fermée avec tous ses équipements ou construire un nouveau bâtiment et investir dans de nouvelles machines. Cela coûterait entre 5 à 20 millions d’euros. En contrepartie, la société devra ouvrir son capital à des investisseurs externes. Jusqu’ici aucune usine de tannerie n’a été créée à partir de rien en France, d’après les précisions de la fédération française de la tannerie-mégisserie. Ictyos sera ainsi une petite révolution dans un secteur toujours artisanal.  

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